84% des dirigeants français ne maîtrisent pas leurs dépendances à l'IA

La souveraineté de l'IA est devenue un sujet central pour les entreprises françaises. Pourtant, selon une étude menée par l'IBM Institute for Business Value avec le cabinet Oxford Economics auprès de 70 dirigeants en France, la plupart d'entre eux ne disposent toujours pas d'une vision claire des fournisseurs technologiques dont ils dépendent. Un paradoxe alors même qu'une large majorité estime qu'une panne prolongée de leur principal fournisseur pourrait avoir des conséquences critiques sur leur activité.
Parmi les dirigeants interrogés, seuls 16% estiment comprendre correctement les liens qui les unissent avec leurs fournisseurs, modèles et infrastructures d'IA. À l'inverse, 84% reconnaissent ne pas disposer d'une vision claire de ces dépendances. Cette méconnaissance serait relativement anodine si l'IA restait cantonnée à des expérimentations. Or, les résultats de l'étude montrent que les organisations considèrent ces technologies comme critiques et qu'elles occupent désormais une place centrale dans les processus métiers.
Ainsi, 82% des dirigeants estiment qu'une interruption de sept jours ou plus de leur principal fournisseur aurait un impact sévère ou critique sur leur activité. Les organisations déclarent par ailleurs avoir subi en moyenne six perturbations opérationnelles liées à l'IA au cours des deux dernières années.
Cette dépendance se traduit aussi par une faible capacité à changer rapidement de technologie. Selon l'étude, 70% des répondants considèrent qu'il serait difficile de remplacer leur principal fournisseur ou modèle. Le chiffre peut paraître surprenant alors que l'offre de modèles n'est plus restreinte. Mais dans la pratique, les entreprises développent des intégrations, mettent en place des mécanismes de sécurité et forment des équipes dans un écosystème donné. Changer de fournisseur peut nécessiter de revoir une partie de ces développements.
Autre enseignement majeur : les dirigeants semblent désormais attribuer une valeur économique à la flexibilité technologique. Ils sont 66% à indiquer qu'ils seraient prêts à accepter une hausse de coûts de 20% afin de conserver davantage de liberté dans le choix de leurs fournisseurs. L'étude souligne enfin que peu d'organisations ont réellement mis en place les mécanismes permettant de limiter leur dépendance. À l'échelle mondiale, seules 7% des entreprises étudiées disposent d'un niveau de contrôle considéré comme avancé sur leurs données, modèles et infrastructures. Selon IBM, ces organisations subissent, sans surprise, moins d'interruptions et protègent davantage leurs bénéfices face aux perturbations liées à l'IA.
Ces chiffres s'inscrivent dans un contexte de prise de conscience croissante des dépendances créées par l'IA. La décision de Washington d'interdire à Anthropic de distribuer ses derniers modèles à des entreprises étrangères a fourni une illustration concrète du risque de "kill switch", ce verrou à distance capable de couper l'accès à une technologie du jour au lendemain.
[L'Usine Digitale] (https://www.usine-digitale.fr/)